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Le pèlerinage de la paroisse Notre-Dame de Dadouar

Tout a commencé dans une conversation banale, dans l’un de ces moments de détente où les hommes, assis sur des nattes, parlent, racontent, partagent… L’un d’eux a dit que, près de son village (à quelques 40 km de l’endroit où ils se trouvaient), dans le temps, il y avait eu de l’eau et même un puits traditionnel quelque part dans la montagne. Puis, les rebellions, les guerres, le passage des nomades, l’abandon… ou on ne sait pas quoi, le puits avait disparu.

Un père jésuite se trouvait dans ce groupe et, en entendant cette histoire il a commencé à rêver. Dans cette contrée l’eau est bien plus précieuse que l’or. Ne pourrait-on pas retrouver l’endroit et « ressusciter » le puits ?

Deux jésuites guidés par un vieux du village de Bara, sont allés à la montagne, avec un bâton. Là où le guide a dit : « C’était ici », ils ont enfoncé le bâton. Il en est sorti mouillé, plein de boue. Un sourire a illuminé le visage et le cœur de tous : on l’avait trouvé !

Le reste n’a pas été difficile à réaliser : quelques hommes de Bogrom, de Bara et de Dadouar ont creusé et ont construit un puits moderne, solide. Bien que nous soyons à la fin de la saison sèche, l’eau y est abondante.

Un autre rêve a commencé à germer dans la tête des missionnaires : « Et si l’on invitait toute la paroisse à faire un pèlerinage jusqu’à la montagne, le jour de la Pentecôte ? » L’idée a été accueillie par tous avec enthousiasme. Dans un Conseil Paroissial restreint l’on donne forme à l’idée et l’on prépare avec soin la longue marche. Le thème choisit pour la réflexion et la prière a été : La paix. On formerait des groupes de douze à trente personnes, on réfléchirait à des différents textes de l’évangile, on s’arrêterait de temps en temps pour le partage…

Le jour de la Pentecôte, à 5 heures du matin, part déjà le premier groupe de Dadouar. Le soleil se lève, la joie nous habite, l’espoir de passer une journée fraternelle dans la nature rend la marche légère.

Après 5 km de marche on est déjà au pied de la montagne : l’ascension commence, doucement. Chacun réfléchit, prie intérieurement et contemple. Quand on trouve un endroit approprié, on s’arrête pour partager les réflexions. Un autre groupe nous devance, en chantant. Puis un autre… Après la lecture d’un autre texte de l’évangile et des pistes de réflexion, on reprend la marche. Alors c’est nous qui devançons d’autres groupes, assis pour leur partages. Les groupes se succèdent : « ceux-ci viennent de Barlo… ceux-là de Bogrom … les autres de Hille Korto… » Nous les reconnaissons bien. Tous ont le visage sérieux et joyeux en même temps. On voit clairement qu’ils prient dans la joie.

Tout à coup le paysage change. La montée devient un vaste plateau, plein d’arbres, quelque peu accidenté. On y marche à l’aise, étonnés de trouver en haut de la montagne cet endroit paradisiaque. Le plateau est entouré par les différents sommets des montagnes. On nous dit que dans ce lieux, les gens se réfugiaient lors des rebellions, avec leurs bêtes. Dès la plaine, personne d’ailleurs ne songeait à ce refuge naturel, si vaste.

On continue à marcher, à marcher… On traverse « le campement des hyènes » : leurs traces sont visibles et palpables. Mais la journée, elles se cachent dans leurs grottes.

Finalement on arrive au puits. Des gens de Bara nous y attendent déjà : ce sont les constructeurs du puits. On étanche la soif, on se rafraîchit le corps… l’effort a valu la peine.

Les groupes continuent d’arriver, d’autres villages. Quand on est tous là, le « Chef de terre » de Bara se présente, dans ses habits de fête, accompagné des notables, pour nous donner la bienvenue. Dans son discours il remercie la construction du puits et dit que, dans le temps, il y avait eu des jardins dans ce lieu. A partir de maintenant, tous ceux qui désireront cultiver des jardins, pourront le faire. Voilà une parole importante ! Puis, il y a d’autres petits discours et finalement les musiciens flûtistes traditionnels commencent l’animation.

Plus tard, dans le calme, on célèbre l’Eucharistie et tous nous accueillons l’Esprit Saint dans nos cœurs.

Le partage de nos casse-croûtes suit la messe. A ce moment, on voit apparaître des canaris de vin local, cadeau du village de Bara. Merci, Chef de terre ! Merci, Bara !

On est très bien là-bas, là-haut. Mais quelques nuages noirs, menaçants, font leur apparition et nous obligent à bouger : il faut descendre de notre Tabor !

Chacun regagne son village, sa maison, avec dans le cœur la consigne de Jésus à ses disciples : « Allez raconter ce que vous avez vu et entendu… »